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Nouvelles du front.  (suite 2)

L’idée d’une sortie de l’euro paraissait l’an dernier une folie pour la plupart des Grecs. Les plus anti mémorandum, les plus anti Troïka pensaient que le coût de l’opération serait encore plus élevé que celui de la dette. Deux facteurs prévalaient alors pour les conforter dans cette position :

- La mise en place d’une sortie de l’UE, non prévue par les Traités en vigueur, était d’une telle complexité qu’elle engageait le pays dans une aventure à l’issue plus qu’incertaine.

- L’inévitable dévaluation qu’impliquerait le retour à la drachme appauvrirait de moitié la majorité des Grecs. Seuls les plus riches et les mieux informés profiteraient de la parité euro-drachme.

Depuis janvier 2013, ces deux évidences se sont lentement effritées sous les effets toujours plus catastrophiques du pseudo sauvetage européen. En effet, plus les milliards d’aide sont déversés sur la Grèce, plus le déficit augmente, plus l’économie s’effondre. Les plans de sauvetage, avec leurs cohortes de mesures de rigueur aboutissent au résultat contraire de ce qui était annoncé. Le traitement met le malade en danger. Le médecin refuse de remettre en cause son ordonnance et se contente d’augmenter les doses jusqu’au seuil létal.

Sur le plan financier, s’il est vrai que l’euro éloigne le risque de la dévaluation monétaire, il est tout aussi évident qu’il implique une dévaluation sociale (selon la terminologie troïkane, une dévaluation interne !). Qu’importe alors la stabilité de l’euro si les revenus baissent. Avec un salaire minimum à 586€ et l’indemnité de chômage à 359€, une drachme même dévaluée devient pensable.

Enfin, le lien entre l’aide européenne et la perte de souveraineté apparaît avec de plus en plus d’évidence. Les technocrates européens sont présents dans tous les ministères et imposent leurs points de vue. Le TAIPED (l’organisme en principe garant du patrimoine national) est en passe d’être géré directement par un fonctionnaire allemand (par le biais du MES, Mécanisme Européen de Sauvetage, et au moyen d’émissions d’obligations avec pour gages les biens de l’État). Les impôts sont sous le contrôle d’inspecteurs des finances français. L’État se moque de son Parlement en imposant des décrets-lois sans consultation des députés ou, au mieux, en leur demandant de voter à la sauvette et sans amendements possibles, des textes longs et complexes. La censure, et plus encore l’auto censure qu’impose aux journalistes une situation précaire, empêche tout contre pouvoir de s’exprimer réellement. La police se radicalise, criminalise toutes les initiatives citoyennes, torture et emprisonne arbitrairement, fait preuve de xénophobie. Alors, l’Europe est-elle une bouée de sauvetage pour les Grecs ou une gueuse de plomb la tirant vers le bas ? L’Europe veut-elle vraiment garantir aux Grecs cette démocratie arrachée de haute lutte aux occupants divers, aux colonels, au fascisme ?...

Comme l’an dernier, tout le monde prédit un mois de septembre chaud, une explosion qui remette tout en cause. S’il ne s’est rien passé de semblable en 2012, il est probable qu’il en sera de même en 2013. Sauf que cette fois, la confiance en l’EU s’est sérieusement effritée, que le bout du tunnel annoncé par Samaras s’éloigne, que la καλο δρομο (la bonne voie) sur laquelle Papandréou prétendait être, ressemble de plus en plus à une piste caillouteuse, voire à une impasse !

Puisqu’alors les Grecs sont déjà embarqués dans une aventure douteuse, puisque plus rien ne les garantit contre une dévaluation sociale durable, puisqu’ils ont perdu toute souveraineté et tout moyen d’être maîtres de leur destin, puisque les politiques se disent eux-mêmes impuissants, puisque le sentiment de n’être plus qu’une colonie allemande est si général, que risquent-ils de plus à innover ? Et de fait, les idées d’euro national, de nouvelle drachme, de divorce avec l’UE, de rapprochement avec la Russie, de nationalisation des banques…, se voient de plus en plus sur les blogs, s’entendent de plus en plus dans la rue. Le malade se rend compte maintenant qu’il va mourir du traitement européen alors qu’il a dans son jardin de bonnes tisanes qui, à défaut de soigner, ne tuent pas !...

Un petit tour du côté de la blogosphère montre clairement l’évolution du discours. Okéanos devient de plus en plus ironique envers les politiques, de plus en plus radical dans ses analyses (à lire en particulier le petit bijou d’humour en date du 29.08) . Panagiotis Grigoriou, en bon anthropologue relève sur murs d’Athènes des slogans qu’il qualifie de symptomatiques (Autrefois les tanks, maintenant les banquesLe capitalisme, c’est du crime organisé…, La misère n’a pas de monnaie…). Il note de plus en plus des propos de rue du genre : “Chez nous d'accord, la catastrophe était presque annoncée, mais en Italie? Les gens souffrent autant, pourtant, ils ont tout, de l'industrie, du savoir-faire, leurs firmes sont de la plus grande renommée. C'est donc l'euro qui les aura ainsi mis par terre. Une honte”. Le blogueur grec Pitsirikos déclare de façon péremptoire : La sortie de l’euro est la seule solution à la faillite morale et économique du pays. Alors si ces blogueurs sont vraiment représentatifs du Grec de la rue, tout est possible…

Nouvelles du front.  (suite 2)
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Tag(s) : #Grèce