
Nos élites intellectuelles ont moqué, vilipendé, massacré, calomnié, conspué, honni, méprisé, raillé, maltraité, diffamé, souillé, vitupéré, condamné, fustigé, réprouvé l’idole des jeunes pendant des années. Aujourd’hui, les mêmes s’inclinent devant sa grandeur, sa simplicité, son grand cœur, son courage, son talent, sa force, son professionnalisme, son brio, son inspiration, son style, son aisance. Brassens aurait dit « la sottise s’est mise à penser… » !

Au fait, Brassens est mort le 29 octobre 1981 et a été enterré au petit cimetière du Py que les Sétois appellent le cimetière des pauvres. Cérémonie sobre avec les copains, la famille. Il y eut peu de photos, Paris Match n’en a pas fait sa une, Patrick Poivre d’Arvor y a tout de même consacré 13 minutes pleines d’émotion et de pudeur dans son JT de 20h le 30 octobre… J’ai recherché la presse de l’époque et nul ne parle d’un deuil national, de la perte irréparable d’un monstre sacré. Il faut dire que l’AFP nous y avait préparés : en 1965, déjà, une dépêche avait annoncé par erreur la mort de Georges, lequel avait commenté la nouvelle en disant : « C’est très exagéré… » !
Autres temps, autres mœurs ! Le bateleur est monté dans la hiérarchie des valeurs tandis que le poète en a dégringolé, l’outrance journalistique a remplacé la pudeur et l’élégance. Brassens n’était qu’un prince de la rime, Johnny était l’Idole. Ce qui n’a pas changé c’est que Johnny, Brassens et tous les autres sont resté des humains, comme nous tous avec nos grandeurs et nos faiblesses, nos qualités et nos défauts, notre sagesse et notre ridicule. Quant au monde politique qui récupère à tout va ce "drame national", il faut qu’il soit tombé bien bas dans le gouffre de l’inconsistance et de l’impuissance pour marquer au sein de l’Assemblée Nationale, avec tant de trémolos, la disparition "du plus grand ambassadeur de la musique française" !