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                Ce matin, c’était l’émoi au comptoir du café. Encore deux morts et treize blessés à Strasbourg, à cause d’un djihadiste radicalisé et plusieurs fois condamné ! Sur BFM TV, le ton est grave et alarmiste. On s’interroge sur l’efficacité de la police, un imam vient nous expliquer que malheureusement,  le vol et l’assassinat sont hallal pour les musulmans intégristes, c’est-à-dire conformes à la religion quand ils sont commis sur des non musulmans ou sur des musulmans non respectueux de la loi islamique… 

                Exit les Gilets jaunes qui pourtant faisaient la Une de ce même comptoir depuis quatre semaines ! Y aurait-il une relation de cause à effet entre l’attentat et les Gilets jaunes ? Y aurait-il un lien entre l’apparition soudaine de la marée jaune et la montée progressive de la marée intégriste ? Les terroristes sont-ils plus ou moins cause d’insécurité que la police et que la guerre économique ? Ces questions, personne ne les pose au comptoir. On prend l’info en pleine poire, les commentaires en prime, et décortiquer les faits et les émotions dans ce contexte, cela dépasse les capacités ordinaires des buveurs de petits noirs dans ces petits matins…

                Au même comptoir, dans les mêmes petits matins d’il y a trente ou quarante ans, les mêmes buveurs de café auraient sans doute réagi. Qu’est-ce qui a changé depuis ce temps sinon la situation économique et environnementale, sinon le nombre de clients qui continuent à boire leur jus comme s’ils partaient au travail, sinon la faillite des politiques, la mort des utopies sociales, la fin du progrès qui promettait aux enfants une vie meilleure que celle de leurs parents ?…

                J’aurais dû le dire au comptoir ce matin, mais c’était trop compliqué, trop embrouillé, trop global pour entrer dans le temps court de l’expresso. Il y a quarante ans, on ne parlait pas de Djihadistes et de la Charia. Il y avait bien du racisme ordinaire, des discriminations, mais pas centrés sur le seul Islam. La plupart des  Musulmans rêvaient d’un Robin des Bois prenant aux riches pour donner aux pauvres, pas d’un Djihadiste prenant la vie aux mécréants pour la gloire de Dieu. L’État, du moins celui d’avant Mitterrand, pensait qu’il était bon d’élever le niveau de vie du peuple, de mieux le soigner et l’éduquer. L’État d’aujourd’hui ne pense qu’à tirer ses marrons du feu de la prochaine crise financière, qu’à sauver ses Partis de l’incrédulité populaire.

Les citoyens étaient communistes, libéraux, anarchistes, socialistes ou nationalistes. Aujourd’hui, ils sont européistes ou souverainistes, mondialistes ou complotistes, capitalistes ou populistes, progressistes ou écologistes. Les nuances de l’arc en ciel ont été remplacées par le gris de la caricature.

                Jadis, des journalistes avaient le temps et l’autorisation d’enquêter, de réfléchir, puis d’informer les lecteurs, lesquels, même smicards, pouvaient s’offrir le quotidien de leur choix. Aujourd’hui, le journaliste est pressé par les annonceurs, par un patron issu du monde des affaires et non de la culture. Il doit faire vendre du papier ou de l’audience pour survivre. Il dit ou écrit ce qu’on lui dit de dire et d’écrire. S’il s’aventurait à comptabiliser les décès causés par les “forces de l’ordre” depuis le début de l’année, le peuple pourrait constater que la police a tué plus que le djihad, information peu productive ! Si un journaliste comptait les décès directement liés à l’austérité, ce remède tant prôné par nos dirigeants maestrichtiens, il serait aussitôt licencié. Dame, en Grèce, cela ressemble trop à un génocide, et en France, nous prenons le même chemin. Quand un Gilet jaune occupe un rond-point car il ne peut vivre en campagne sans sa voiture diesel, on l’oppose aux écologistes. Quand les écologistes réclament des taxes sur le kérosène ou la sécurité nucléaire, on leur oppose le retour à la caverne et à la bougie…

                Les politiques, et en général les élites intellectuelles, n’ont que de minables sparadraps à nous proposer face à la faillite de l’économie mondiale, au dérèglement climatique, aux inégalités sociales exponentielles, à la prédation des industriels de l’armement, de l’agroalimentaire, des laboratoires pharmaceutiques. Et ceux-là se permettent d’ironiser sur l’imprécision et le manque de cohérence des Gilets jaunes qui n’ont que des réponses partielles et individuelles, qui ne savent pas encore quelle bonne politique  redorerait le blason de l’égalité, de la fraternité, de la liberté. Non, ils ne savent pas ce que demain pourrait être. Mais avec bon sens, ils comprennent qu’on les roule dans la farine, qu’on les pressure quand d’autres se gavent, que les plus grands voleurs et assassins ne sont pas parmi eux, ne sont pas parmi les djihadistes, mais chez les ploutocrates (les adorateurs de Ploutos, le dieu de l’argent), chez les riches. Et désormais, les “Jaunes” le disent, ils l’affichent, ils le hurlent !

                Quand les Gilets jaunes voient des CRS tabasser copieusement des manifestants pacifiques qui se sont réfugiés dans un fastfood pour échapper aux gaz lacrymogènes (merci Youtube), ils sont en droit de se demander si certains attentats, commis par des gens pourtant connus, fichés, surveillés, n’arrivent pas à point nommé pour faire écran à leur colère. Quand ils voient des Gilets jaunes condamnés  à de la prison ferme sur la foi de dossiers ridiculement vides, et le Ministre Cahuzac, chargé d’un volumineux dossier bénéficiant d’une peine obligatoirement aménageable, ils sont en droit de poser la question de la légitimité du pouvoir.

                Et quand je parcours divers sites d’information pour mieux comprendre ce qui se passe, je ne cesse de tomber sur des avis ainsi libellés : « Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic. » Traduit en bon français, on me dit que pour faire du fric à partir de mes recherches, on va utiliser, sans mon avis, des “cookies” pour dégager mon profil commercial, influencer ma recherche et pourquoi pas mes opinions politiques. Bien sûr ces mêmes utilisateurs de cookies disent : « le respect de votre vie privée est notre priorité [...], le contenu du site ou de l’application est utilisé pour faire des déductions concernant vos intérêts… ». Ne serions-nous pas capables de déterminer nous-mêmes nos intérêts, les informations qui nous conviennent, les produits de consommation qui nous semblent utiles ? Devrions-nous être guidés par un maître invisible, aussi neutre et bienveillant que la BFM TV qui trône derrière le comptoir du café ?

                Selon Marc Autheman, l’un des rédacteurs des journaux de BFM TV, “la ligne éditoriale est motivée par la seule recherche de l’audience et privilégie en conséquence le buzz et le sensationnel”, ce positionnement  “étant favorable aux affaires, à la réforme…”  Dormez braves gens, les médias veillent sur vous ! Les Djihadistes et la police, les Gilets jaunes et les Écologistes, les cookies et les journalistes, la misère et les paradis fiscaux, tout est lié, amalgamé dans un énorme nœud gordien impossible à dénouer autrement que par un grand coup d’épée ! Cela mérite bien l’occupation de quelques ronds-points, ces lieux fort peu utiles mais très coûteux pour le contribuable… La vie n’est plus en rose, elle est  en jaune !  

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Tag(s) : #Coup de gueule, #Djihad, #Economie