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                La “loi Blanquer”, du nom du ministre de l’Éducation Nationale  Jean-Michel Blanquer, (lequel affirmait le 25 mai 2017 : “il n’y aura pas de Loi Blanquer, j’en serai fier”), s’intitule également  “Loi pour une école de la confiance”. Le contenu de cette loi a été largement décrypté par les syndicats, les politiques et critiqué par quantité d’enseignants, de parents d’élèves, de journalistes. Plutôt que d’en ajouter une couche, j’ai préféré en commenter le seul titre qui, du moins dans les articles que j’ai pu trouver sur le Net, n’a guère attiré l’attention. Les manifestations de rue, les grèves, les pétitions et autres déclarations médiatisées  suffisent à souligner en détail les incohérences  et les dangers de cette réforme.

                Malgré une longue pratique de la Novlangue, nos gouvernants n’ont pas encore pu vider de sens tous les mots du dictionnaire et nous laissent donc encore matière à penser. Profitons-en tant qu’il en est encore temps. Donc, le mot confiance vient du latin confidere lequel est constitué de cum (avec) et de fidere (se fier). La romancière Colette définissait le mot comme  “la Croyance spontanée ou acquise en la valeur morale, affective, professionnelle... d'une autre personne”.  Confiance, foi, fiancée, confidence, confession…, étant des mots de même étymologie, il est clair que nous sommes dans le domaine de la morale, de l’éthique et non dans le langage administratif qui conviendrait à une avancée de l’âge de la scolarité obligatoire, au regroupement des écoles primaires sous le giron des collèges, au nombre d’enseignants souhaitable ou de matières communes et optionnelles au baccalauréat.

                Pourquoi donc M. Blanquer, qui ne manque pas de culture, donne un sens moral à une réforme purement technique ? Le manque de confiance (mais de qui et envers qui ou quoi)  aurait-il gangréné la belle institution de l’école publique, grippé les rouages de son ascenseur social, étouffé sa fonction d’égaliser les chances… ? Jean Paul Sartre nous avait prévenus : “La Confiance se gagne en gouttes et se perd en litres.” La confiance a une valeur inestimable. Elle ne s’invoque pas, elle se provoque. Elle est un résultat, la conséquence d’un engagement, et pour ce faire elle exige des preuves. Tout cela, Jean-Michel Blanquer ne peut l’ignorer. On ne peut douter qu’il ait choisi délibérément ce titre, et donc son éclairage moral.  

                Une morale engage notre responsabilité sur nos actes individuels, une réforme décide, entre des choix multiples, d’une organisation collective. La nuance est de taille puisque celui qui s’oppose à la morale est immoral, coupable, responsable, celui qui s’oppose à une réforme n’est que porteur d’une opinion contraire. L’enseignant qui descend dans la rue n’est donc plus porteur d’une opinion pédagogique mais quelqu’un qui refuse l’injonction morale et qui n’est donc plus digne de confiance. L’élève qui ne croit pas aux vertus du Parcoursup est, soit un malheureux n’ayant aucune confiance en lui-même, manquant de hardiesse, soit un anarchiste dégénéré qui n’a aucune confiance dans le système républicain et démocratique.  

                La tactique est la même dans bien des domaines et mérite d’être soulignée. En mai, nous serons conviés à voter pour les députés européens. Les électeurs qui seraient tentés de mal voter seront des populistes s’ils optent pour un représentant du Rassemblement National ou de la France Insoumise, des souverainistes s’ils préfèrent l’UPR ou le NPA, des complotistes s’ils sont anti-OTAN,  des nationalistes s’ils s’abstiennent ou votent blanc, des réactionnaires s’ils souhaitent réformer l’Europe… Ce sont donc les valeurs morales des électeurs qui seront stigmatisées, non leurs choix politiques. Un populiste est un conservateur raciste et xénophobe, le souverainiste est adepte du repli identitaire, le complotiste un idiot en recherche de bouc émissaire, le nationaliste un va-t-en-guerre, le réactionnaire celui qui s’oppose à toute réforme qualifiée de progrès. L’anathème moralisateur remplace alors le conflit idéologique, le dissensus, le réalisme politique, la diversité des points de vue. La translation du vocabulaire politique, du champ des idées au champ de la morale, met de facto hors course toute opposition à la doxa du moment, toute alternative politique. En bon français, on appelle une dictature un régime à pouvoir unique qui criminalise les dissidents !

                Le mouvement des Gilets Jaunes, en ce sens, a été un formidable  révélateur  de l’idéologie macronienne. Quand un ministre considère que tout manifestant est potentiellement complice des casseurs et qu’il est légitime de le priver préventivement de ses droits d’expression, il ouvre la porte à la dictature. Quand un autre ministre affirme que 20% des demandeurs d’emplois gagnent plus au chômage qu’ils ne gagnaient avec leur ancien salaire, ce qui est techniquement impossible, il manipule les chiffres pour mieux subvertir les administrés, ce qui est une autre porte ouverte sur la dictature. Quand un autre ministre condamne le sauvetage des migrants en Méditerranée, il renie des siècles de Droit maritime et ouvre une porte à la dictature. Quand Jean-Michel Blanquer intitule sa réforme scolaire “l’école de la confiance”, il participe, au nom de la Démocratie, de la République et de la bonne gouvernance, à ces mêmes perversions du langage. En cela, il a toute sa place dans le gouvernement néolibéral de monsieur Macron… En cela, il est fou de se fier à un homme qui nous propose une “école de la confiance”…  

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