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Semeur à la volée, Van Gogh

Bis repetita… ! Il est rare que deux de mes articles se suivent en se ressemblant, mais l’actualité s’acharnant “viralement” sur la Grèce (effet corona ?), je réitère…

 

                “Qui mal sème, mal récolte” dit le bon sens paysan. A voir ce qui se passe à la frontière gréco-turque, la politique a perdu tout sens commun, qu’il s’agisse des gouvernants, des partis, des médias… Ce que l’on a semé, c‘est la guerre, la misère, l’abus de pouvoir, les profits financiers comme unique objectif. On a semé le désordre en 1916, en laissant deux fous tracer des frontières absurdes au Proche-Orient : un aventurier anglais, sir Mark Sykes et un diplomate français, François Georges-Picot (accords Sykes-Picot) . On a accueilli et soutenu Moussavi Khomeini pour qu’il devienne le guide suprême de la Révolution islamique. On a permis aux Turcs de réaliser tranquillement leur opération “Attila” qui a abouti à la partition de Chypre. On a laissé les Américains assassiner Saddam Hussein, les Français et Anglais assassiner Mouammar Kadhafi, laissant ces deux pays dans un chaos bien pire que les prétendues dictatures qu’ils imposaient. On a vendu des armes, subventionné et protégé des “combattants pour la liberté” qui ont constitué plus tard les dévastateurs mouvements djihadistes. On a donné six milliards à Erdoğan pour qu’il garde quelques millions de réfugiés à l’intérieur de ses frontières (en sachant qu’il rêvait de réitérer le coup de Chypre sur une partie de la Grèce), après avoir  scandaleusement saccagé la Grèce avec dix ans de contraintes budgétaires, de “colonisation européiste” jusqu’à la spécialiser peu à peu en “réserve de migrants” pour éviter au reste de l’Europe de traiter le problème… On  a mal semé, et aujourd’hui, on récolte !

                Ce qui est dramatique, c’est que cette histoire est perpétuée, avec la même inconscience, la même suffisance, et que tout est en place pour rendre la situation ingérable. Personne ne veut endosser la responsabilité de ces erreurs historiques au lieu de reconnaître qu’elle est largement partagée. Sans aucun regard sur leur rétroviseur, les États, les partis, les intellectuels, les peuples s’agitent, d’indignations en colères, exhibant une légitimité contre une égale légitimité. Les présupposés remplacent l’analyse, les faits sont tronqués, le réel est tordu pour qu’il coïncide avec le sentiment, le sentiment se fait conviction, la conviction suscite la violence des propos. Une simple petite revue de presse montre pourtant que nous sommes en pleine déraison.

                L’image la plus parfaite de cette déraison vient de nous être donnée par le CADTM (le  comité pour l’abolition des dettes illégitimes). Rappelons que ce comité de trente experts internationaux, dont les chantres les plus médiatiques ont été Éric Toussaint, économiste belge, porte-parole du CADTM et Zoé Konstantopoulou, ex-présidente du parlement grec, a passé plusieurs mois à Athènes pour démontrer que la dette grecque était insoutenable, odieuse, illégale, illégitime. Et c’est le même CADTM qui s’engage dans une véritable “croisade morale” contre la fermeture des frontières grecques. Il nous parle de “groupes paramilitaires grecs”, des militants d’extrême droite qui “agressent physiquement et verbalement des personnes et des espaces de solidarité”, du gouvernement grec qui pratique “une politique raciste”, assimile la réaction de défense du peuple grec à une “persécution et criminalisation des personnes migrantes”… Ces propos sont certes adoucis par la reconnaissance d’une “provocation de l’armée turque”, mais qui “n’enlève rien à la gravité des faits” ! Voir

                Les médias se régalent de photos et vidéos montrant les garde-côtes repoussant des embarcations de  migrants, voire leur tirant dessus, la “foule haineuse” insultant ceux qui abordent les îles ou tentent de passer le fleuve Evros. Les images les plus perverses sont celles des enfants affamés dans le froid, des femmes innocentes qui risquent à tout moment le viol et les coups. L’émotion est trop forte pour voir en arrière-plan l’ex-djihadiste recyclé, l’agent du MIT (Millî İstihbarat Teşkilatı, les services secrets turcs)… L’Express relate les propos d’un réfugié gambien : "J'ai couru, ils nous ont tirés dessus, nous ont battus. Ils nous ont tout pris : l'argent, les papiers, le téléphone, les chaussures". RFI insiste sur “l’extrême-droite grecque qui se mue en milice face à l’arrivée de migrants”. RTL cite : “un agriculteur de la région craint de revivre le cauchemar de 2015, où plus d'un million de migrants et réfugiés avaient traversé le pays”. Et bien sûr, le Rassemblement National s’engouffre dans la brèche et va envoyer sur place, mardi prochain, Jordan Bardella, son porte-parole. Le vice-président du RN est clair : "Nous allons constater ce qui attend la France demain si rien n'est fait à la frontière grecque, à savoir une submersion migratoire organisée par un État étranger, la Turquie islamiste d'Erdogan"… Parti avec cet a priori, nul doute qu’il trouve de quoi le confirmer !

                Tous les ingrédients médiatico-politiques sont là pour attiser les peurs et les rancœurs et en tirer quelques profits électoraux, voire financiers. L’anthropologue blogueur Panagiotis Grigoriou décrypte fort bien cette “culture de guerre” qui se développe et qui n’arrangera ni les Migrants ni les Grecs. S’en est presque risible de voir comment les gens de droite sont accusés de défendre des étrangers au mépris de la sécurité nationale, les gens de gauche de pactiser avec les mondialistes néolibéraux, les anarchistes d’être subventionnés et manipulés par la finance internationale, les ONG de travailler ouvertement au grand remplacement, les milliers de Grecs qui accueillent, soignent, nourrissent, instruisent des migrants en masse depuis dix ans d’être racistes et xénophobes…   

                Qu’importe si la réalité est tout autre. Les migrants massés aux portes de la Grèce et nous criant des slogans de liberté, d’humanité, sont tout autant manipulés par les médias, par le gouvernement turc qui leur a fait croire que la frontière serait ouverte et qui les a forcés à monter dans les cars affrétés pour les y conduire. C’est bon pour la guerre tout cela. Et la guerre est bonne pour les marchands d’armes, pour les politiques à cours de solutions, coincés dans leur système absurde, pour l’oligarchie qui en profitera pour renforcer son pouvoir et qui, plus tard, s’enrichira dans la réparation des dégâts. Le coup de la “culture de guerre”, on nous la fait en 1914, en 1938, dans nos colonies qui rêvaient d’indépendance, on nous l’a refait en Irak et en Lybie. Pourquoi serait-il moins efficace le long de la rivière Evros et sur les îles de la mer Egée ?...  

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