La peur paralyse les corps et limite les capacités intellectuelles. Elle nous réduit à des réflexes de survie et mobilise notre cerveau reptilien. Or, l’irruption du virus Covid 19 a été abondamment instrumentalisée pour distiller une peur déraisonnable dans des millions de cerveaux.
La peur de mourir d’un virus, létal pour 0,05% d’entre nous, en accompagne quantités d’autres. Peur d’un avenir qui, socialement et économiquement, est sérieusement compromis pour la décennie à venir… Peur de l’effondrement qui s’annonce de plus en plus inévitable tant augmente le nombre de seuils environnementaux irréversiblement franchis… Peur d’une violence terroriste aveugle et imprévisible… Il y a de quoi avoir peur en effet ! Dans son roman 1984, Orwell rappelle que nous avons tous peur d’une chose innommable qui, aussi improbable qu’elle soit, nous rend capables de tout accepter pour l’éviter (chez le héros de 1984, la peur des rats).
Et pour couronner le tout, quiconque pose un regard critique sur les stratégies prophylactiques adoptées par les gouvernants est aussitôt taxé de complotisme ! Quand on sait le pouvoir de cet anathème pour annihiler toute pensée, celle des pour autant que celle des contre, il serait prudent de cesser d’utiliser ce terme, de le récuser systématiquement au profit de celui de stratégie. Un complot nous englue, une stratégie se discute ! Nul gouvernement ne peut nier qu’il a adopté une stratégie face au Covid, face à la crise économique, face au terrorisme… Nul industriel ne peut nier qu’il ait établi une stratégie commerciale agressive face à la concurrence… Nul politique ne peut nier qu’il suit une stratégie de prise de pouvoir, de captation des voix, de fabrique du consentement des masses… Tous ces personnages seraient même déconsidérés s’ils naviguaient à vue, sans aucune stratégie. Aucun d’eux ne peut nier que la transparence totale fragilise la stratégie et avantage la stratégie adverse.
Les élites extractivistes et productivistes ont une stratégie propre à protéger leur dogme de la croissance. Les mondialistes ont une stratégie pour arriver aux fins qui leur semblent indispensables. Les transhumanistes ont eux aussi une stratégie pour nous imposer leur société idéale d’hommes augmentés. Mais les écologistes, les collapsologues, les partis politiques, les contestataires aussi ont une stratégie. Quand le complotisme fait taire tout le monde, le débat sur les stratégies des uns et des autres est ouvert.
La peur panique se répand d’autant plus qu’elle est alimentée par le doute face aux troubles ambitions des lointains oligarques. Face à un complot mondial, nous sommes impuissants. Face à une stratégie nous avons des armes. La peur du “ péril jaune” ne peut aboutir qu’au racisme et à des réponses violentes. La connaissance de l’habile stratégie chinoise, réunissant les pires aspects du totalitarisme policier et du capitalisme prédateur, apporte des solutions. La peur d’un gouvernement mondial ne peut entraîner qu’un repli sur soi, une posture de défense aussi passive qu’inutile. La compréhension des stratégies mondialistes (développées par les thinktanks style Davos, Trilatérale, Bilderberg et personnifiées par les Soros ou Rockefeller) permet de développer une autre vision du monde et de la défendre.
Le virus Covid fera sans doute beaucoup de morts, mais la peur en fera cent fois plus, sous la forme de suicides, de dépressions, de somatisations, de violences, de désordres en tous genres. Il n’est même pas sûr que les mesures d’isolement, de confinement, de distanciation sociale, de masque ne soient pas plus meurtrières que le virus. Il n’est pas garanti que les tests, qu’un vaccin hâtivement fabriqué, relèvent d’une stratégie gagnante. Il est certain en revanche que le salaire de la peur est toujours meurtrier !
Les peurs irraisonnées dont est affectée toute société sont généralement compensées par le récit d’un avenir potentiellement meilleur que l’on nomme progrès. Ce qui caractérise notre société actuelle, c’est que le progrès n’est plus systématiquement un bien. Au désordre social causé par le virus, s’ajoute le transhumanisme, le génie génétique, l’intelligence artificielle… Qui peut garantir si ces multiples innovations technologiques vont améliorer nos vies ou les pourrir ? Qui peut aujourd’hui certifier que la 5G va nous ouvrir de vastes horizons ou à l’inverse nous asservir encore plus aux GAFAM ? La science elle-même n’est plus un progrès assuré depuis qu’on sait modifier jusqu’à notre programme génétique.
Les Trente Glorieuses nous ont assuré un monde en perpétuel progrès et nous ont endormis. Les jeunes générations, nées avec l’incertitude d’un progrès aléatoire, sont des nouveaux militants ardents mais sans stratégie parce que tout est à réinventer, ou des zombies scotchés à leurs écrans contraphobiques. S’il y a une chose dont il faudrait se garder, à chaque instant et en toute circonstance, c’est bien la peur, peur de perdre le peu qui nous reste, peur de l’autre aujourd’hui distancié et masqué, peur de n’avoir plus le temps de préparer l’avenir. Ces peurs s’adouciront avec un récit nouveau qui remette l’idée de progrès au goût du jour, ou nous tueront en tant qu’espèce si nous ne l’imaginons pas…