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              Catalans, Écossais, Corses, Kabyles et tant d’autres revendiquent le droit de parler leur langue, de la voir enseignée dans leurs écoles. Ils associent cette exigence linguistique à la démocratie, tandis que les pouvoirs politiques présentent la langue commune à l’ensemble du pays comme un élément de la démocratisation et de la modernisation. Préserver une langue propre à une région (langue vernaculaire) est-ce le symptôme d’un régionalisme, d’une démarche identitaire, d’une volonté anarchiste de détruire l’État-nation… ? Défendre une langue unique à l’intérieur des frontières, est-ce un centralisme abusif, un moyen d’oppression d’une majorité sur une minorité… ? En ce mois de décembre, les Kabyles ont relancé le débat. Non seulement les Berbères ont mis, sans crier gare, la question à l’ordre du jour du pouvoir algérien, mais ils l’ont posée à toutes les minorités de l’Afrique du Nord. Pendant plus d’une semaine, des milliers de lycéens et d’étudiants sont descendus dans les rues de Vgayet (ex-Bougie, Béjaïa en arabe), Tizi Ouzou ou Tuviret (ex-Bouira) pour exiger la reconnaissance effective du tamazight, le berbère. Nous pourrions négliger ce genre d’information au motif que ces soudaines et  violentes irruptions ne sont que des gamineries folkloristes guère plus sérieuses qu’un “fest-noz” breton. Mais nous ne pouvons oublier le réel problème que posent systématiquement les sociétés modernes : toutes tendent à se globaliser dans un modèle unique, puis à se mondialiser en un immense “gloubi-boulga” planétaire. De plus en plus, l’appellation “Monde arabe” tend à englober, dans une seule catégorie essentialisée une diversité gênante, tant à l’intérieur qu’à l‘extérieur de cette “zone” mal définie.      

                Avant tout, qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres en Kabylie ? La Constitution algérienne, même si elle reconnaît le tamazight comme langue nationale et officielle, continue de privilégier la langue arabe, toujours seule “langue d’État”, au dépend “des moyens nécessaires à la promotion de la production culturelle, artistique, littéraire, scientifique dans cette langue“, moyens qui manquent toujours cruellement. Un amendement au projet de loi de finances 2018 prévoyant des moyens pour l’enseignement du tamazight, a été déposé par une députée du Parti des Travailleurs mais il a été rejeté par la majorité présidentielle. Le premier ministre, Ahmed Ouyahia, s’en est pris vertement, il y a quelques jours, aux contestataires : « Ceux qui prétendent que l’État a oublié le tamazight sont en train de mentir au peuple. Ils veulent semer l’anarchie et emprunter d’autres chemins pour allumer un brasier. » Le producteur de cinéma Yacine Teguia, secrétaire général du Mouvement Démocratique et Social a rétorqué qu’il voyait “dans ce combat culturel un enjeu démocratique majeur”. Une soixantaine d’intellectuels et de militants, dans un appel lancé ces jours-ci, voient dans la reconnaissance de la langue et de la culture berbères une cause nationale : « Malgré toutes les campagnes de diabolisation et d’acculturation engagées par les colonialismes, mais aussi par les pouvoirs successifs depuis l’indépendance à l’encontre de cette culture ancestrale, le tamazight demeure une cause commune sans laquelle l’Algérie ne peut se rassembler et s’unifier ».

 

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                En outre, ces émeutes n’arrivent pas n’importe quand. En une semaine, le Premier Ministre a publié une  liste de 851 produits interdits à l’importation en expliquant que les réserves de change fondaient comme neige au soleil, et quelques ministres se sont fait épinglés pour dépassements non autorisés par le budget. Les caisses sont vides, le chômage explose, les jeunes ne peuvent se loger…, c’est “la démocratie sans l’électricité” ! La langue berbère est peut-être un prétexte, mais la situation économique est bel et bien une réalité qui justifie tout autant les émeutes du 11 au 18 décembre.

                La Dépêche de Kabylie  titre aujourd’hui « La classe politique unanime a salué la décision du Président ». En effet, l’annonce de la consécration en journée nationale du nouvel an amazigh (Yennayer) et la demande expresse du Président de créer l’académie berbère, le calme est revenu. Lounis AÏt Menguellet, le chanteur-poète berbère natif d’Iboudraren a déclaré : «La consécration de Yennayer Journée nationale est une très bonne décision. On est en train d’arracher peu à peu ce qui nous revient de droit…».

                Quant à la démocratie, il faudra attendre un peu plus longtemps. L’Algérie, construite sur le modèle bien français du centralisme jacobin, n’est pas plus prête que nous à se rapprocher du modèle girondin. Or, les Jacobins étaient des bourgeois en quête de récupérer les privilèges de la noblesse bien plus que des démocrates, et pour s’en assurer ils ont décapité (au sens propre) la plupart des Girondins. Il fut donc interdit chez nous de parler “parler breton et de cracher par terre” comme il reste éminemment suspect chez tout Kabyle de dépasser les limites du folklore. Qu’un artiste Kabyle chante en “tamazight”, soit, mais de là à déranger le pouvoir, à critiquer l’oligarchie qui s’accapare les revenus du pétrole, à se mêler de démocratie…      

Tag(s) : #Algérie, #Société, #Economie