
Une belle unanimité soutient le projet de réforme de la SNCF annoncé par le gouvernement Macron. De la part de Pujada sur France 2, c’est normal, c’est un “chien de garde“ notoire. Bruce Toussaint, c’est logique, il a été à bonne école avec Pasqua et a été pointé par ACRIMED pour “rouler à l’essence néolibérale”. Les sondages annoncent que 72% des Français souhaitent la suppression du statut de cheminot (Odoxa-Dentsu consulting pour France-info et Le Figaro). Le battage médiatique quasi-unanime atteint des sommets avec les Grandes Gueules de RMC : le rapport Spinetta est trop timide…, les syndicats se battent sans attendre…, la SNCF, c’est notre bien à tous, ce n’est pas la propriété de Martinez ni même des syndicats !... Mais bon, tout cela est dans l’ordre des choses, il est normal que des néolibéraux convaincus défendent l’entreprise privée et s’attaquent aux syndicats, au service public. Si l’on est de gauche, si l’on défend la classe ouvrière, l’État providence et le service public, on écoute par exemple un libertaire proudhonien, un girondin notoire, un véritable homme de gauche, un qui a voté Besancenot en 2002, qui a appelé José Bové à se présenter en 2006, qui a soutenu le Front de gauche en 2009, qui s’est abstenu en 2017 au nom du socialisme libertaire…, Michel Onfray par exemple !!!
Et là, on se dit que la bataille du rail est perdue, le capitalisme est le plus fort puisqu’il est capable de transformer un proudhonien en “capitaliste libertaire”. Par deux fois, Michel Onfray s’est exprimé sur sa WebTV (le 26 février et le 2 mars) au sujet de la SNCF. « On est aujourd'hui très heureux quand un train part à l'heure, arrive à l'heure, et qu'on peut s'asseoir à sa place. Le service s'est dégradé ; les perspectives ne sont pas bonnes. Il faut dire les raisons pour lesquelles la SNCF en est arrivée là.» C’est très simple, le cheminot d’antan avait le sens de l’honneur, de la communauté, de la fraternité… Le chauffeur du temps de la vapeur affrontait le froid dans le dos, la chaleur des chaudières par devant, les escarbilles dans les yeux, la fumée dans les poumons, mais arrivait à l’heure ! Dieu, que la vie était belle à cette époque (avec Zola, seulement deux viols et quelques meurtres, deux suicides et quelques catastrophes !). Dieu que Gabin fut grandiose au portillon de la "Lison" ! Michel Onfray nous avait prévenus depuis longtemps : “A force de détruire le système, un jour il faudra, hélas, le privatiser.” La faute à qui… ? Pas à la SNCF, pas à l’État libéral, pas à la prédation capitaliste, non, à cause des syndicats de gauche qui, forts du mythe inventé par De Gaulle en 1945, ont été intouchables pendant 50 ans ! Les cheminots sont aujourd’hui privilégiés, tranquillement assis dans leurs TGV automatisés, avec une retraite en pleine force de l’âge… Et c’est trop tard pour réformer quoi que ce soit. Alors les syndicats reproduisent la seule chose qu’ils connaissent, la grève, la prise en otage des pauvres travailleurs contraints de prendre le train pour gagner leur pain… Il faut féliciter Macron qui regarde la réalité en face : la SNCF ne fonctionne plus, il faut agir vite, négocier même si l’on sait que les syndicats tenteront de bloquer tout accord en jouant sur les virgules, puis agir par ordonnances. “L’ordonnance, ce n’est pas un coup d’État, ce n’est pas une négation de la démocratie, c’est un processus qui permet à la majorité élue d’aller vite… Si on a voté contre le gouvernement, voire pas voté du tout, on assume !” Enfin un discours de gauche, de militant libertaire… C’est bien de la faute des gens de gauche incapables de se réformer s’il faut maintenant nationaliser les pertes et privatiser les gains, s’il faut supprimer le statut des cheminots. Entre 2005 et 2010, la SNCF a supprimé 14 200 postes et 4 500 entre 2010 et 2015, mais ce n’est pas pour cela que les trains sont en retard. Les investissements colossaux des dernières décennies pour la construction de lignes à grandes vitesses, n’ont rien à voir avec les trains qui patinent à cause des feuilles mortes sur les rails (exemple plusieurs fois repris par Onfray, sans doute pour montrer à quel point les équipes d’entretien se la coulent douce !).
Dommage que l’on ne puisse plus communiquer avec Michel Onfray, ni sur son blog, ni sur sa Webtélé. Trop absorbé par ses devoirs médiatiques et par ses nombreux écrits, il ne peut plus faire face aux milliers de mails qui l’assaillent, il ne peut plus lire de lettres ou de manuscrits comme dans le temps. Jadis, il avait aimablement répondu à quelques questions ou remarques de ma part. Aujourd’hui, il admire Gaspard Koenig et l’invite dans son Université populaire. Du coup, Proudhon est devenu compatible avec le capitalisme, les Girondins compatibles avec les Ordonnances, et l’ascenseur social est en panne à cause des syndicats… Allons, courage Monsieur Onfray, après le rail viendront l’Éducation Nationale, la Sécurité sociale, les hôpitaux, les prisons..., qui vont si mal!
PS: La WebTV de Michel Onfray cité ici n'est accessible que moyennant abonnement. Le lien ne vous donne donc que les premières minutes de chaque vidéo qui m'ont permis d'extraire ces quelques aspects de sa position.