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                   L’assassinat d’une vieille dame rescapée de la Shoah fait couler beaucoup d’encre et anime les débats télévisés. Ajoutons à cela les victimes de Trèbes et le nouvel héros national, le lieutenant-colonel Beltrame, et la mayonnaise reprend de plus belle… La haine du juif, je la condamne comme tout le monde, mais il faut bien se demander pourquoi la haine se cristallise depuis si longtemps sur cette catégorie religieuse et pourquoi elle serait plus grave qu’une autre. L’Arabe aussi a été ostracisé, tout comme le Facho, le Communiste avec son couteau entre les dents, le Bourgeois qui devient con comme un cochon, l’Homosexuel qui serait anormalL’essentiel n’est pas l’objet de la haine, mais la manie du “bouc émissaire”. Juif ou arabe, communiste ou bourgeois, homo ou macho, on s’en fout, pourvu que l’on attribue la responsabilité d’un problème à un clan. La société est malade, c’est la faute des musulmans ; les musulmans peinent à s’intégrer dans cette société, c’est la faute des mécréants ; le chômage sévit, c’est la faute des émigrés ; le Proche Orient est en feu, c’est la faute des Américains ; la planète est en danger, c’est la faute des riches… Dans tous les cas, c’est caricatural, injuste et impropre à mettre en lumière les causes réelles, donc les solutions.

                   Certes, le camouflage arrange un certain nombre de quidams, généralement ceux qui en tirent profit. Mais depuis le temps que cela dure, nous devrions être plus prudents avec l’usage du bouc émissaire qui n’est jamais que le révélateur d’un problème sans solution apparente. A ce jeu de cache-cache, personne n’y gagne, ni celui qui est ostracisé et essentialisé, ni celui qui confond le bouc émissaire et le responsable, ni celui qui instrumentalise l’événement, tactique qui fonctionne généralement comme un “boomerang ” politique.

                   Les questions “journalistiques” m’énervent : Peut-on encore sortir sans danger dans la rue, une kipa sur la tête ?... La misère des banlieues est-elle ou pas source de radicalisation ? L’immigré met-il en péril l’équilibre de la société ?... Et toujours les catégories du bazar sociologique : Les vieux, les jeunes, les politiques, les capitalistes, les riches, les pauvres, les gens du voyage… Cette dernière catégorie est emblématique : elle met dans le même sac le Rom et le Gitan, l’industriel forain et le voleur de poules, le sédentaire et le nomade. Elle ne se met même pas au singulier (un “gens du voyage”, ça n’existe pas !).

                   En ce moment, tout m’énerve, surtout quand Natacha Polony, souvent pertinente dans ses  analyses, se lance dans la glorification du héros Beltrame. Nos enfants manqueraient de modèles identificatoires, de morts pour la Patrie ou pour la défense d’une idée… Tout ça à cause de Brassens qui chantait “Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente”, dit-elle ! Et bien non, chère Natacha, Brassens regrettait simplement “qu'on meure pour des idées n'ayant plus cours le lendemain…”  et surtout, que quelques-uns, qui s’attardent ici-bas, en fassent mourir beaucoup pour défendre leur foi ou leurs intérêts. Des morts pour une idée, il y en a encore : ils s’appellent Rémi Fraisse ou Clément Méric, Camille Lepage ou Stéphan Villeneuve et tant d'autres...Mais on a tendance à les oublier. Tiens, voilà une idée qu’elle est bonne pour éduquer les jeunes écoliers : introduire dans les manuels ces héros d’aujourd’hui, militants ou journalistes, et pourquoi pas quelques accidentés du travail morts au champ d’honneur du capitalisme…

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Tag(s) : #Coup de gueule, #Société