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Manolis Glézos, poing levé, droit sous la pluie, fidèle...

                Manolis Glézos est décédé dans un hôpital d’Athènes, lundi 30 mars 2020, d’un arrêt cardiaque à l’âge de 97 ans. Cet événement a été peu relaté par les médias et passera sans doute à la trappe du coronacircus, comme beaucoup d’autres actualités mondiales, curieusement  devenues “inactuelles” (la guerre que tente Erdogan sur la Grèce par migrants interposés, la guerre en Syrie qui tue désormais dans l’indifférence, le négationniste Bolsonaro qui profite de la crise pour “s’occuper” des Indiens de la forêt amazonienne, et tant d’autres choses plus meurtrières que le virus…). Le capitalisme tue allègrement des dizaines de millions d’humains chaque année sur l’hôtel du profit (faim, manque d’eau potable, pollutions, accidents du travail, trafics de médicaments, mafias en tout genre, suicides induits par l’exclusion sociale et la concurrence…), bien plus que l’épidémie actuelle qui occupe tout l’espace médiatique.

                 Mais de toute façon, les médias trient soigneusement toutes les informations selon une hiérarchie artificielle, visiblement en fonction de l’émotion ou de la distraction qu’elles suscitent chez le “consommateur”, au grand soulagement des responsables économiques et politiques des vrais désastres minimisés. Et dans le cas du combattant Manolis, le même procédé se retrouve. Quels faits d’arme justifient un papier dans Libération ou Le Point, une vidéo sur Youtube, une allusion sur BFM ? Le fait que dans la nuit du 30 au 31 mai 1941, alors âgé de 18 ans, il ait décroché, avec son ami Apostolos Santas, 19 ans, le drapeau nazi planté sur l’Acropole, au nez et à la barbe de l’armée allemande ; qu’il  fut arrêté et emprisonné plusieurs fois pendant l'occupation nazie (1941-1944) et pendant les années 1950 et 1960 en tant que communiste (16 ans de prison en tout) ; qu’il ait adhéré au parti de l'EDA (gauche démocratique) dans les années 1960, avant d'être élu député et eurodéputé avec les socialistes du Pasok dans les années 1980 ; qu’il ait soutenu Tsipras, soit devenu député du Syriza… Tout cela est bel et bon pour alimenter les médias. Mais quid de sa démission tonitruante du KKE (parti communiste grec), puis du Pasok (parti socialiste), puis du Syriza ? Quid de ses prises de positions contre les memoranda, contre l’Europe, contre l’ordo libéralisme allemand… ? Quid de ce qu’il a fait pour son île natale de Naxos ?...

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Apeirathos, village de Manolis sur l'île de Naxos

Pour avoir quelques renseignements sur cette île et plus précisément sur son village d’Apeirathos, il faut chercher dans les guides touristiques comme le Routard ! Il faut fouiller dans les vieux sites grecs pour apprendre que Manolis Glézos se retira du Parlement en 1986 (une fois de plus très en colère), afin de tenter une expérience de démocratie à l'échelon local.  Élu président d’Apeirathos (en français on dit maire), il abolit les privilèges du conseil, introduit une « constitution » et met en place une assemblée locale qui prend le contrôle total sur l'administration de la commune, modèle qui fonctionna pendant plusieurs années (seul Wikipédia en parle un peu). Tout cela n’est guère médiatique, peu vendeur, susceptible même de troubler les fragiles consciences populaires !

Lors des manifs de 2012, Manolis gazé et malmené...

               J’aurais aimé que l’on rappelle sa lettre ouverte à Wolfgang Schäuble où il écrivait : “Nous ne mendions pas, mais nous exigeons. Nous ne recherchons pas la vengeance, mais la justice” (publiée dans Realnews, 14.07.2013). J’aurais aimé que l’on cite aussi sa “Lettre ouverte aux 300 membres du parlement grec” (publiée dans l’hebdomadaire “To Pontíki”, sorte de Canard Enchaîné grec, 4 décembre 2015). J’aurais applaudi que l’on ressorte les photos de Manolis gazé et bousculé par les MAT (équivalent de nos CRS) lors des manifestations de 2012… « Entendez-vous ce bruit ? C’est l’Histoire qui frappe à notre porte » criait-il !  Tout cela a été publié sur mon blog “Aptg-chronique faute de mieux…

                Il faudra sans doute attendre un peu avant que Manolis Glézos soit entendu, qu’on redécouvre son entêtement à croire possible un monde meilleur, sa rage à combattre ses anciens amis qui les uns après les autres trahissaient leurs idéaux, son sens du Peuple que d’autres s’ingénient, par des informations tronquées à transformer en Populace