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                Vous avez aimé le Covid 19, vous allez adorer le krach qui s’en suivra ! En  janvier, les médias nous parlaient déjà du yoyo boursier. Toutes les places internationales oscillaient dangereusement  entre euphorie et dépression, mais on nous disait que cela n’avait pas d’impact sur l’économie réelle. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Très opportunément, le virus a judicieusement détourné notre attention. Dame, la pandémie était redoutable et mondiale. Il aurait sans doute été possible de l’enrayer en généralisant les tests de dépistage et en confinant les sujets déclarés positifs le temps de leur maladie. C’est du moins ce que préconisaient les meilleurs épidémiologistes du moment. Mais la plupart des gouvernements ont préféré le confinement et la “cryogénisation” de l’économie. Les valses hésitations que nous avons observées un peu partout, ne peuvent s’expliquer que par une panique des gouvernants dépassant largement le simple cadre sanitaire. De là à penser que les problèmes de santé ont été bien utiles pour occulter la menace économico-politique, il n’y a qu’un pas qu’il est tentant de franchir. Faute de solutions, ces deux mois de confinement ont permis un  bel exemple de procrastination.

                J’entends déjà les commentaires qui vont pleuvoir : Complotisme ! Certes, je ne suis pas télépathe et ne sait rien des motifs qui ont présidé aux choix des Italiens, des Français des Anglais… Il est même certain que les gouvernements ont espéré contenir la pandémie, tout en  se donnant le temps de la réflexion et surtout de la négociation entre États et Institutions internationales. Sans doute, l’angoisse bien alimentée par les médias a mis au second plan la question économique. Sans doute, le même type de traitement appliqué au krach aurait suscité tout autant d’angoisse. On peut même se réjouir que les médias ne nous aient pas fait supporter les deux sujets en même temps. Mais à deux jours du déconfinement de la France, il est peut-être bon de faire le point.

                Pendant que nous remplissions sagement nos petites “attestations de déplacements dérogatoires”, 109 pays  appelaient le FMI à la rescousse, tant  l’écroulement de leur économie était pressant. Le FMI s’est pour l’instant contenté de promettre 226 millions de dollars au Cameroun, 200 millions au Mali, 130 millions à la Mauritanie, 363 millions au Congo, 12 millions aux Comores, 111 millions à Haïti, etc. Ne nous trompons pas : « Le choc Covid-19 ne fait que mettre en lumière ce qui était déjà une crise de la dette souveraine à évolution rapide dans le monde en développement », écrit la Cnuced (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) dans un rapport publié fin avril. « La crise de la dette qui se forme dans les pays émergents est la pire que j’aie jamais vue », avertit Bill Rhodes, ancien banquier de Citigroup.

                Ce qui affole les économistes, c’est que cette fois, tout le monde en sera impacté. On parle beaucoup des pays dits “émergents” mais les grandes puissances aussi sont concernées. L’édifice se lézarde de toute part. Les pays exportateurs de pétrole voient leurs recettes s’effondrer. Si c’est dramatique au Nigéria où 90% de l’économie dépend de l’exportation du pétrole, c’est tout aussi grave aux USA et au Canada qui vendent le baril au tarif négatif de -37,63 dollars ! La crise du Covid 19 est juste venue en rajouter une couche. Deux mois d’arrêt de l’économie, c’est une perte difficilement gérable, même pour les pays riches, comme la France. « L’idée d’un retour rapide à une situation  normale nous semble devoir être écartée », a déclaré l’OCDE, dès le début mars.

                Nous sommes bel est bien en présence d’une boucle de rétroaction active (en physique, c’est l’action en retour d’un effet sur sa propre origine : la séquence de causes et d'effets forme donc une boucle jusqu’à l’implosion). Les pays émergents sont  souvent les plus ouverts, les plus intégrés à la mondialisation. Ils ont attiré, par leurs taux d’intérêts attractifs, les investisseurs, comme la Chine qui a massivement investi tout au long de ses routes de la soie, et qui depuis mars,  a commencé à rapatrier ses capitaux. La Chine laisse derrière elle des infrastructures surdimensionnées par rapport aux besoins réels, un monceau de dettes et un chômage colossal. Elle-même en difficulté, elle risque d’entrainer la chute de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, du Vietnam, de la Corée...  Le Brésil, le Mexique, la Colombie et bien d’autres suivront. Comment les Institutions (FMI, OMC, Banque mondiale…) pourraient-elles faire face aux défauts de tant de pays en même temps ?  D’autres pays se sont lourdement endettés, bien avant le virus, et vont grossir les rangs des pays en faillite : le Liban, l’Argentine, le Pakistan, le Venezuela…

                Notre économie, en se mondialisant, a lié tous les pays entre eux, la chute de l’un entraînant celle d’un autre, comme dans un immense jeu de dominos. Nous l’avons déjà vu avec le virus : les travailleurs expatriés par exemple,  ont déjà quitté le Proche Orient pour cause de pandémie, privant leurs familles mais surtout leurs États de substantiels revenus.  Et surtout, il serait très illusoire de compter sur une solidarité entre les peuples. En Europe, on a vu jusqu’à quel point les 27 pays de l’Union étaient solidaires ! Chacun pour sa poire et que le voisin se débrouille…, le comble revenant aux Français qui, le 5 mars, détournent la moitié d’un convoi suédois de masques destinés à l’Italie et l’Espagne lors de l’escale de l’avion à Lyon ! Les 26 pays laissant la Grèce gérer l’impossible accueil des migrants, malgré la disproportion flagrante entre le nombre des réfugiés et sa capacité d’accueil, est tout aussi symptomatique. Pour la crise économique à venir, il en sera donc de même.  On sait déjà que les pays du G20, qui sont les principaux créanciers des pays émergents, veulent bien envisager des allègements de dettes, mais à la condition que les créanciers privés prennent aussi leur part. Quant à parler d’annulation, il n’en est pas question. Ce qu’ont connu les Grecs en termes de solidarité est en passe de se reproduire à une échelle inédite.

                Tant qu’il y aura de l’argent il y aura de la concurrence, et tant qu’il y aura de la concurrence, les écarts de richesses entre pays ne pourront que se creuser.  Espérons qu’une ultime crise finisse par rendre la chose évidente et nous contraigne à choisir entre une extinction civilisationnelle ou l’entraide, entre le profit ou la mise en accès des biens et services…

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