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L’Union Européenne coupable de “vol caractérisé”…?

Depuis la dernière crise bancaire, l’Europe dans son immense mansuétude, cherche à prévenir tout risque de faillite de nos chers banquiers et a lancé une « Directive européenne sur le redressement des banques et la résolution de leurs défaillances », la « Bank Recovery and Resolution Directive », (BRRD). La commission européenne a déclaré : « il est extrêmement important que ces règles soient rapidement en place dans tous les États membres ». Son impatience laisse-t-elle penser qu’elle craindrait une prochaine crise financière et bancaire ?

En France, c’est fait. Cette réforme est passée sous forme d’ordonnance, discrètement, au beau milieu de l’été (Ordonnance n° 2015-1024 du 20 août 2015). On imagine bien que le lobby bancaire tenait à la plus grande discrétion, de même que le pouvoir socialiste. Personne ne s’en serait aperçu si la Commission Européenne, le jeudi 29 octobre, n’avait annoncé qu’elle allait poursuivre devant la Cour Européenne de Justice les pays qui n’avaient pas encore transposé dans leur droit national la directive BRRD.

Désormais, les clients d’une banque en difficulté seront ponctionnés sur leur dépôts jusqu’à remise à niveau de la dite banque, ce qui est une atteinte caractérisée au droit de propriété. On est tout de même soulagé d’apprendre que les épargnants pourront être acculés à la faillite mais pas les banquiers ! L’expérience qui a été faite à Chypre de ce genre de pratique s’est avérée concluante et, n’ayant guère soulevé de protestations au sein de l‘Europe, elle peut être généralisée.

Si l’on demande à l’ami Google ce que signifie l’acronyme BRRD, il nous renvoie à une directive de l’Union Européenne datant du 15 mai 2014 visant à harmoniser les mesures à prendre en cas de faillite bancaire. Il cite un peu plus loin un article plus récent d’un spécialiste de la finance, Philippe Herlin (néolibéral avoué) : « …voici l’innovation déterminante de cette directive : ponctionner les comptes des clients, ce qui n’est rien d’autre qu’un vol légal, une remise en cause du droit de propriété, un véritable scandale. Normalement, seuls les comptes de plus de 100.000 euros peuvent servir au renflouement, mais cette garantie s’avère illusoire et tous les épargnants seront évidemment touchés… ». Google nous signale également quelques blogueurs (les Moutons Enragés, Médias-Presse-Info…). Mais je n’ai rien trouvé émanant de la presse nationale ou des partis de gauche. Ai-je donc mal compris de quoi il s’agissait, criant au loup pour des broutilles ? Les cohortes anticapitalistes sont-elles assoupies par le ronron des élections régionales ?

Il est vrai que le texte de l’ordonnance (73 pages en PDF que l’on peut télécharger à partir du site http://www.legifrance.gouv.fr) est particulièrement abscons et qu’il faut chercher entre les lignes la réalité et les conditions d’un possible pillage des comptes bancaires particuliers. Ce qui reste franchement avéré, c’est que le déni de démocratie, que ce soit lors du référendum de 2005 au sujet du traité de Lisbonne, la politique coloniale exercée sur la Grèce depuis 2011 ou le récent refus d’admettre le vote populaire de gauche au Portugal, devient un usage courant et que les peuples européens s’y habituent…

Au-delà de la question démocratique, cette directive nous rappelle que l’argent est et restera toujours structurellement inégalitaire. Quiconque en détient la source, État ou particulier, obtient de facto l’immunité judiciaire, le pouvoir de prélever légalement ce dont il a besoin sur tous les autres, le droit de mettre en grave danger quiconque lui a fait confiance en plaçant son maigre pactole, et accessoirement, le pouvoir de faire les lois à son avantage… Quand donc comprendrons-nous qu’il n’y a pas de moralisation possible de cet outil monétaire, de cette arme de destruction massive… ?