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Frères humains, qui avec nous vivez…

“… Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre”, nous dit François Villon. Notre moyenâgeux poète m’est revenu en mémoire dans le bruit et la fureur des millions de “Charlies” qui font “qu’en mon pays suis en terre lointaine”.

J’entends dire de doctes penseurs, que l’École républicaine a failli en son œuvre, que des petits sauvageons ont sifflé la minute de silence, qu’ils ont tenu face aux maîtres des propos scandaleux en faveur des tueurs… Le maître n’est plus respecté et son autorité de hussard républicain serait à restaurer… Le coupable est le Web près duquel nos enfants passent plus de temps que sous le regard d’adultes…

Frères humains, qui avec nous vivez…

Frères humains, de grâce arrêtez vos conneries… ! Ce que j’entends moi, chez les politiques et dans les médias, autant qu’au café du commerce, c’est que l’enseignant n’est plus très respectable. Ce fonctionnaire invétéré est antilibéral. Il est temps qu’on le ramène dans le giron de la libre entreprise, qu’il se confronte enfin à la saine concurrence libre et non faussée. L’État providence en a fait un fainéant, ivre de congés et d’avantages acquis au temps de l’absurde Conseil National de la Résistance. Mais nos enfants l’entendent aussi, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, de Neuilly ou de Drancy.

Ce néolibéralisme dont nous avons tous profité pendant les “trente glorieuses”, que nous combattons parfois avec modération, dont on nous dit qu’il est la fin de l’histoire et la seule alternative possible, nos enfants l’ont bien compris et bien intégré. La valeur d’un homme ne se mesure-t-il pas à l’aune de son salaire ? Alors le maître, si mal payé, est un bouffon qui n’est pas à respecter, moins digne d’intérêt que le dealer qui se pavane en Mercedes au bas de l’immeuble. Le Monde est une jungle où le plus fort gagne, en affaires, en politique, en amour. Le maître est dénigré partout, dans les familles comme dans les cercles de pouvoir. Il est donc le mauvais exemple à ne pas suivre si l’on ne veut pas rester bloqué dans la catégorie des perdants, des dégâts collatéraux !

Frères humains, qui avec nous vivez…

Les enfants passent trop de temps sur Internet, c’est vrai. Mais les laisse-t-on jouer avec les allumettes quand ils sont en âge de faire brûler tout le quartier ? Quelqu’un a-t-il proposé un programme de lutte contre les allumettes et les briquets ? Non ? Alors pourquoi ne surveille-t-on pas les enfants jouant avec Internet, comme le lait sur le feu ? Pourquoi y met-on des contenus uniquement destinés à en faire des consommateurs décérébrés ?

La tuerie du 7 janvier, les réactions des enfants sifflant la minute de silence ou approuvant l’usage de la kalachnikov, ne sont que le reflet de ce néolibéralisme, le revers de la médaille dont on refuse de se libérer, la suite logique d’un système uniquement fondé sur la quantité des profits monétaires dans le mépris de tout critère qualitatif.

Je ne suis pas Charlie et n’achèterai pas ce numéro spécial qui bientôt vaudra des milliers d’euros sur e.bay. Mais j’aimerais dire aux enfants, surtout aux jeunes musulmans :

Si nous vous appelons frères, vous n’en devez

Avoir dédain, quoique fusmes occiz

Par justice ? Toutesfois, vous savez

Que tous les hommes n’ont pas bon sens rassiz…

(La ballade des pendus)

Merci François…
Tag(s) : #Coup de gueule