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"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

En exergue, M.M Robin cite les principaux chefs d’État qui tous, avec une belle unanimité, en appellent à la croissance :

- « L’Europe a besoin de projets, elle a besoin de solidarité, elle a besoin de croissance » (Hollande)

- « La croissance c’est la force et la vitalité » (Kennedy)

- « La croissance permet d’avoir des finances solides » (Merkel)

- « La croissance qui nous manque, je veux aller la chercher, pas à l’extérieur de nous-mêmes mais en nous-mêmes » (Sarkozy)

- « Chacun d’entre nous doit être le moteur de la croissance » (Clinton)

- « La croissance ce n’est pas un mythe, il ne faut pas l’attendre, il faut la faire » (Chirac)

- « Nous devons investir pour promouvoir l’emploi et la croissance économique » (Obama)

- « On attend, on espère, pour dans six mois, pour dans un an, un retour à la croissance » (Mitterrand)

Quelques intellectuels nous expliquent en introduction que nous ne sommes pas face à un problème technique, face à un manque de moyens, face à une fatalité. Nous avons toutes les solutions, elles ont été expérimentées ici où là. Il ne manque plus qu’à s’y résoudre. Exemples :

"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

- Toronto (Canada), ville pilote dans l’agriculture urbaine : les paniers bios y sont 20% moins chers qu’au super marché, le circuit de distribution est court et non polluant (transport par vélos), il y a très peu de gaspillage. L’exemple montre que, ce que ne peuvent faire les États, les communes y arrivent aisément. L’État résiste au mouvement au lieu de l’accompagner.

"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

- Rosario (Argentine) : 300 maraîchers urbains ont été installés en réponse à la crise de 2001 : la distribution est prise en charge par la municipalité. C’est annoncé comme un changement de paradigme économique, la construction d’une société “post-croissance”.

"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

- Samsø (Danemark) : île autosuffisante en énergie : panneaux voltaïques, chaudière collective marchant à la paille, éoliennes, le tout en coop, avec en plus, des maisons neutres. De nombreux emplois ont été créés, des bénéfices conséquents y sont réalisés (dus à l’exportation d’énergie sur le réseau national). Constat : s’il est impossible de changer de mode de production d’en haut, c’est très simple par la base. Une idée intéressante : la chaudière fonctionne sans bénéfices et en s’appuyant sur les communs.

"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

- Katmandou (Népal) : des micros centrales hydroélectriques permettent l’autonomie locale. Construites, entretenues, gérées par les habitants, elles sont source d’éducation à la citoyenneté et permettent des bénéfices aussitôt réinvestis dans l’éducation, la santé, les transports. En campagne, des méthaniseurs individuels donnent le gaz et le compost. Le peuple a ainsi accès à la technologie moderne sans passer comme les pays riches par l’étape polluante du charbon-pétrole pour se développer. Le Népal prévoit une autonomie énergétique avec le 100% renouvelable d’ici 20 ans. La seule contrainte est de redonner le pouvoir aux collectivités locales et de donner accès au savoir et au matériel de départ.

- Brésil, Pays-Bas, Allemagne : C’est un tournant dans le film qui passe de la production locale et directe, aux monnaies locales et aux banques sociales, lesquelles sont présentées comme l’alternative économique, le changement de paradigme qui va tout résoudre. La monnaie unique est renvoyée au 20° siècle comme étant désuète et qui sera inévitablement remplacée par la monnaie moderne classée en trois catégories : la monnaie internationale, la monnaie nationale, la monnaie locale. La société post-croissance ne se débarrasse donc pas de la monnaie mais du monopole de la monnaie internationale.

"Sacrée croissance", film de Marie-Monique Robin.

- Bhoutan : La fin du film revient à des considérations plus révolutionnaires avec ce petit pays classé parmi les plus pauvres mais qui instaure le BNB (Bonheur National Brut) à la place du PIB, qui interdit la publicité sur tout le territoire, qui prévoit d’ici 2020 le 100% bio, une empreinte carbone nulle, une énergie entièrement renouvelable, qui protège constitutionnellement 60% de sa surface en forêts et qui offre l’éducation et la santé gratuites pour tous (programme essentiellement financé par un tourisme de luxe, les droits d’entrée étant prohibitifs).

Le film est donc construit autour de quatre idées forces :

- Nous avons les techniques nécessaires pour répondre aux besoins des hommes sans mettre la planète en danger.

- Il faut non seulement agir local mais penser aussi local, même si une gouvernance est nécessaire pour la gestion des niveaux nationaux et internationaux.

- Il faut remettre l’homme au centre de l’économie et utiliser des monnaies qui interdisent la thésaurisation et la spéculation.

- Ces trois premières idées sont la seule façon de sortir d’une croissance exponentielle incompatible avec les possibilités de ressources et leur renouvellement.

Tout au long de cette démonstration, par ailleurs fort bien faite (qui mérite d'être vue et proposée) et il n’y a pas de remise en cause fondamentale des structures sociales qui nous ont conduits à cette situation de danger imminent : ni l’argent, ni l’État, ni les hiérarchies… On reste donc sur notre faim et l’on se demande comment les 1% de bénéficiaires des profits financiers, du pouvoir centralisé, de l’exploitation à outrance des hommes et de la nature, vont adhérer au projet de M.M. Robin. Il semble, au vu du film, que le système soit capable d’intégrer cette nouvelle donne, de donner satisfaction à quelques innovateurs locaux et même d’en tirer des profits. Le réchauffement climatique pourrait être résolu avec quelques mesures de bon sens que les puissants ont intérêt à prendre rapidement pour ne pas tout perdre à moyen terme.

Il reste donc deux problèmes non posés et non résolus : Peut on inventer un capitalisme sans thésaurisation ni spéculation ? Peut-on faire des profits sans la croissance ? Et sans réponse à ces deux questions, est-il raisonnable de penser que l’exemple de Toronto ou de Rosario puissent se généraliser… ?

Le film de M.M. Robin ressemble en cela au livre de Bénédicte Manier “Un million de révolutions tranquilles“ : un grand intérêt documentaire et un salutaire souffle d’espoir, mais la condamnation, faute d’imaginer un monde radicalement différent, à voir ces belles initiatives confinées au stade expérimental, à sans cesse reproduire de vains combats contre les Titans !

Pour voir le film cf. le site.

Tag(s) : #Economie