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Zoé Konstantopoulou
Zoé Konstantopoulou

Toutes les analyses présentées par la gauche radicale aboutissent à la conclusion qu’il ne peut y avoir de démocratie face aux Institutions européennes et mondiales, que les plans d’austérité sensés sauver les pays du sud ne font qu’accroître la situation de crise, que l’Europe autant que l’euro ont été conçus par et pour l’Allemagne, ce qui permet à celle-ci de placer sous régime colonial plusieurs pays dits partenaires. Il n’y aurait donc pas de salut ni au sein de la zone euro ni dans le cadre européen.

Lafazanis
Lafazanis

Pourtant, tous les partis de la gauche radicale continuent à s’accrocher à l’idée qu’une sortie de cette zone euro, voire un retour à l’indépendance nationale hors de la fédération européenne, n’est envisageable qu’en dernier recours et que l’Europe peut être réformée pour devenir plus sociale et plus égalitaire. La tentative d’Alexis Tsipras, avec ses longs mois de négociations, malgré l’appui d’un référendum se prononçant clairement et massivement antimémorandaire, n’a abouti qu’à une capitulation sans condition et à l’application d’un nouveau mémorandum plus que jamais cruel.

Alekos Alavanos
Alekos Alavanos

Le site du nouveau parti grec issu de cette capitulation, “Unité Populaire” (Laïki Enotita, fondé parLafazanis), en témoigne dans un texte publié le 14 octobre. Ce texte, signéVaroufakis et Konstantopoulou, est co-signé par Stéfano Fassina (Parti Démocrate italien), Mélenchon et Oskar Lafontaine (Die Linke allemand), ce qui lui donne d’emblée une ambition européenne.

L’Unité Populaire nous annonce un « Plan B », reprenant sans vergogne l’intitulé du parti d’Alekos Alavanos qui, depuis plusieurs années annonçait l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la gauche radicale et proposait un plan de sortie de l’Europe cohérent et réaliste. Alavanos et son “Σχεδιο Β”a été soigneusement enterré, ignoré par les médias autant que par le Syriza. Le nouveau parti Unité Populaire, ne cite à aucun moment celui qui avait vu juste avant tous les autres. Il n’y a donc que deux explications : soit les signataires craignent de s’émanciper de l’Europe, et dans ce cas ils sont naïfs, soit ils craignent de n’être pas suivis par le peuple qui subit depuis des années un matraquage éhonté visant à le convaincre de l’horreur d’un “gréxit” et dans ce cas, ils sont inconséquents.

Oskar Lafontaine
Oskar Lafontaine

Quelques extraits du texte illustrent bien la naïveté d’Unité Populaire, nul ne pouvant imaginer un tel programme dans le cadre des traités signés, des partis au pouvoir, des institutions en place :

« Le projet de “Unité Populaire” veut rejoindre les aspirations de milliers de militants et citoyens à l’indépendance nationale, la souveraineté populaire, la justice et le progrès social. »

« Les objectifs de “Unité Populaire” sont l’abolition des Memoranda et de l’austérité, l’annulation de la plus grande partie de la dette, la nationalisation et le contrôle social des banques, la restructuration productive et la renaissance culturelle du pays par l’application d’un programme de transition avec comme horizon le socialisme. » Tout cela est beau comme du Tsipras et nous ne pouvons qu’applaudir !

Fassino
Fassino

Mais il est dit plus loin qu’ « il est aujourd’hui clair pour tout un chacun en Europe que les urnes, ladite volonté populaire, ne suffit pas pour transformer la donne politique et sociale d’un pays… ». En clair, ne rêvons pas, voter pour Unité Populaire ne servirait à rien ! Et la conclusion s’impose alors :

« Pour notre mouvement politique il est clair que des mesures qui cibleraient la destruction de ce maillage institutionnel austéritaire emmèneraient immédiatement le pays et la société au bord de la rupture avec la zone euro. » Cela pourrait vouloir dire que le programme énoncé plus haut ne pourra se faire car il entraînerait une rupture avec l’euro, ce que personne ne semble souhaiter.

Mélenchon
Mélenchon

Enfin, le texte conclut par un bel exemple d’ambiguïté politique : « C’est ainsi et seulement que “Unité Populaire” entend les rapports entre peuples libres et c’est dans ce sens seulement que nous sommes volontaires pour porter l’héritage politique et culturel européen commun. Ce texte n’est donc en aucun cas un apologue de l’euro ni de sa sortie comme l’interprètent certains commentateurs et publications de droite (ou de gauche). » Si ce n’est pas un apologue (un conte, une fable, une métaphore) de la sortie de l’euro, est-ce à dire que cette option est une simple menace qui ne serait jamais mise en œuvre ?... Que cette option est le but réel mais qu'elle est non dicible ?

Varoufakis
Varoufakis

Imaginons alors que le gouvernement Tsipras échoue une fois de plus et que des manifestations antimémorandaires monstres amènent Unité Populaire au pouvoir. Avec un tel discours, il y a fort à parier que le moment venu, aucun plan concret ne soit disponible immédiatement, que la vox populi se retourne à nouveau contre les Varoufakis et Konstantopoulou, lesquels seront accusés de l’avoir trahi en ne réformant pas cette Europe néolibérale en une Europe sociale et solidaire. Une sortie de l’euro ne se fera correctement qu’avec l’assentiment d’un plus grand nombre alors que seule une petite minorité y est prête. Sans un long travail pédagogique, une constante clarté dans l’exposé des objectifs et des enjeux, le peuple ne sera alors pas plus prompt à accepter la rupture qu’il ne l’est aujourd’hui.

La question se pose alors de savoir si les partis européens de la gauche radicale sont sincèrement désireux du bien commun, de la démocratie, du partage des richesses, de toutes ces choses impossibles au sein de l’Europe, ou s’ils sont tout aussi désireux d’accéder au pouvoir, même au prix de renoncements à la mode tsipriote !!!

Postscriptum: Les manœuvres anti démocratiques des Institutions européennes et des Européistes nationaux ne se voient pas seulement en Grèce. Il est intéressant de se référer au "coup d’État" de ces derniers jours au Portugal. Pour en savoir plus je vous conseille de lire l'excellent billet de Jacques Sapir publié sur son blog.

Tag(s) : #Politique